EMPLOIS ET SAVOIR-FAIRE EN DANGER !

Echec du solaire : manque d’anticipation, entêtement et… licenciements en cours

Le syndicat CGT Soitec souhaite réagir aux annonces de notre direction datant du 19/01/2015. Depuis de nombreux mois, nous tirons la sonnette d’alarme concernant la situation de notre groupe et en particulier la consommation de trésorerie de l’activité solaire devenue un véritable gouffre financier (environ 500M€ de perte sur 5 ans). L’ampleur des investissements réalisés, sans avoir de garantie de finalisation des principaux contrats et de partenariats solides, était totalement disproportionnée par rapport à la taille du groupe.argent-donne

Le manque d’anticipation de nos dirigeants, incluant notre conseil d’administration, sur les difficultés croissantes de cette activité, liées à la chute accélérée du coût de l’énergie (gaz et pétrole de schiste, concurrence du photovoltaïque conventionnel…), est incompréhensible. Le seul remplacement d’AJ. Auberton par P.Boudre à la tête de la société n’est pas une réponse à la hauteur de l’échec de la stratégie mise en place depuis la diversification du groupe dans le solaire en 2009 et de ses nombreuses conséquences.

En effet environ cent collègues viennent d’être licenciés aux Etats-Unis et plus de trois cents autres employés sont menacés sur l’ensemble des sites (France, Allemagne, Etats-Unis). Pour rappel ces deux dernières années, plus de quatre cents postes ont été supprimés dans le périmètre du groupe dont environ trois cents en France. Avec ces réductions d’effectif à répétition, les conditions et l’ambiance de travail n’ont cessé  de se dégrader et les Risques Psychosociaux (RPS) deviennent fréquents sur le site de Bernin (droit d’alerte en cours mis en place par les instances représentatives).

Risque sur la filière III/V : enjeux sur le secteur clé de l’énergie

Le savoir-faire développé par Soitec depuis des années sur les matériaux III/V dans les domaines du solaire et de l’éclairage (LED) est clairement en danger. La CGT Soitec estime qu’après la fermeture du site de Paris Sud dans la plus grande indifférence, il serait incompréhensible que l’Etat Français actionnaire principal de Soitec renonce à défendre ces technologies avancées dans le secteur stratégique de l’énergie. Notre syndicat alerte sur le fait que la fermeture de la salle blanche dédiée à ces activités à Bernin (Corsica), en plus de conduire à un coup d’arrêt définitif de cette diversification, conduirait à de nombreux licenciements. Même si nous sommes très critiques sur la stratégie irresponsable ayant amené à cet échec, nous considérons que l’utilisation de la technologie Smart CutTM développée par Soitec pour le transfert de couches minces sur ce type de matériaux porteurs est tout à fait pertinente. Ainsi grâce à la qualité du travail conjoint mené par les équipes allemandes et françaises de Soitec, la dernière cellule multi-jonctions développée à Soitec détient le record mondial pour la conversion directe du rayonnement solaire en électricité (46%). Un tel produit pourrait tout à fait être valorisé sur de petits segments de marché à forte valeur ajoutée en attendant la remontée inéluctable du cours du pétrole et donc des conditions plus favorables pour le développement massif des énergies renouvelables.

Microélectronique : renoncement productif en RF-SOI et opportunité du FD-SOI

La sécurisation de notre activité historique à savoir la microélectronique est capitale pour la survie du groupe. Celle-ci est tout juste à l’équilibre grâce à l’adoption massive du produit RF-SOI (produits de mobilité, smartphones). Notre syndicat ne peut que dénoncer une nouvelle fois la stratégie d’externalisation en Chine décidée par nos dirigeants sur ces produits pour des marchés grand public. Au lieu de privilégier des investissements énormes et risqués dans le solaire, ces technologies matures et la production associée auraient pu permettre de créer de la valeur dans une période difficile.carte

L’introduction sur le marché de la  technologie FD-SOI doit constituer notre prochain relais de croissance. Alors que les signaux passent progressivement au vert mais que des défis techniques importants demeurent, il serait suicidaire que la stratégie de notre direction ne soit pas volontariste et ambitieuse pour garantir ce succès. Ainsi des moyens adéquats doivent être garantis aux équipes en place et les investissements nécessaires doivent être réalisés.

l’Etat, actionnaire principal de Soitec , doit enfin jouer son rôle !

Pour conclure, notre syndicat considère depuis des années que la stratégie de notre direction doit être revue et se (re)concentrer sur l’innovation et la production de substrats à forte valeur ajoutée dans le silicium mais aussi dans les matériaux III/V. Pour ces derniers, des partenariats stratégiques doivent être mis en place pour protéger le savoir-faire accumulé et permettre à nos équipes de continuer à développer de nouvelles technologies pour des secteurs clés tels que l’énergie. C’est pourquoi l’Etat doit intervenir en mettant en contact notre direction avec des acteurs nationaux et européens pour créer des collaborations fructueuses et éviter que ces technologies porteuses ne soient bradées pour cause de vision à court-terme. Enfin les enjeux concernant le secteur de la microélectronique, et plus particulièrement l’adoption en volume ou non de la technologie FDSOI, sont énormes pour le territoire mais également pour l’industrie de pointe en France. Nous estimons que la promotion et l’appui de la filière toute entière (des laboratoires de recherche aux industriels) est un levier important pour garantir la pérennité de nos emplois.

La CGT Soitec, le 21 janvier 2015 (Bernin)Logo site

cgt.soitec38@gmail.com / tél. : 04 38 92 17 69

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